La voile est en quelque sorte le sport national en Bretagne. La flotte Vénète était du temps de César lune des plus puissantes du monde. Les marins bretons ont parcouru le monde entier et fourni à la marine Royale des hommes dexception, quil soient, découvreurs, militaires ou corsaires. Les Terre-neuvas, ces splendides voiliers surtoilés, sont allés pêcher la morue de lautre côté de lAtlantique, la sardine et le thon le long des côtes dAfrique jusque dans les années 1930. Aujourdhui la voile est un sport et une passion que de nombreux Bretons pratiquent. Véritable creuset de talents et de passions maritimes, la Bretagne de par son histoire et sa situation géographique est devenue le haut lieu de la voile en France, voire en Europe. Balayée par des vents de toutes directions et de toutes forces, les côtes contrastées sont parcourues de forts courants et balayées par les marées qui changent le paysage constamment. De tout ceci les Bretons ont tirés le meilleur, sachant, sinon la maîtriser, du moins saccommoder de cette nature indomptable. Ladage veut que si on sait naviguer en Bretagne, on sait naviguer partout. Lexpérience montre quil est en grande partie vérifié.
Forte de sa marine de pêche à la voile, dont les cancalaises et granvillaises sont les symboles et fer de lance, la Bretagne a formé des générations de marins. Afin dêtre les premiers sur les lieux de pêche ceux-ci sont passés maître dans lart de la régate à une époque où la notion de sport nautique nétait même pas concevable. Soutenus par des chantiers navals et des charpentiers de renommée mondiale, les marins bretons sont devenus une référence en matière de voile.
Cest après la seconde guerre mondiale quapparaissent les premiers clubs de voiles qui vont peu à peu se multiplier pour tisser un réseau très serré de centres de formations qui feront naître bien des talents internationaux et des passions exacerbées. Le premier dentre eux, au moins en terme de notoriété, est le centre des Glénans qui emprunta son nom à lun des plus beaux archipels de Bretagne, véritables petites Antilles bretonnes. Suivant lengouement pour la voile, déclenché en grande partie par les victoires en course dun petit gars de Gouesnach nommé Eric Tabarly, la Bretagne sest lancée la première dans la construction dinfrastructures portuaires de plaisance et, aujourdhui, accueille toute lannée des millions de navigateurs amateurs passionnés ou professionnels. Accueillante et sachant sadapter, la Bretagne de la voile verra la naissance de nombreux talents comme Pajot, Gautier, Poupon, Autissier, Kersauzon, Artaud.. pour ne citer que les plus connus.
Traînez sur les quais de la Trinité, la Mecque de la course à la voile où se reposent les oiseaux du grand large, baladez-vous sur les quais de Sauzon en Belle-Ile, où pêche et plaisance cohabitent pour le plus grand plaisir des yeux, regardez du haut du Tour du Monde à Brest les formules 1 de la mer sélancer pour des circum-navigations...vous comprendrez quici la voile est plus quun sport...
Et comme on dit : en Bretagne, pour naviguer, il fait beau toute lannée.
Les Abers
La côte nord du Finistère, le long de la manche, offre un paysage typique que lon ne retrouve nulle part en France. Caps, falaises, estuaires, îles, baies, plages, anses morcellent la côte et en font une dentelle où se mêlent la roche, la mer et les fleuves. Nulle part ailleurs on ne retrouve une telle interpénétration de leau et de la terre. Rias et abers sont les mots clés de ce paysage. La ria (mot espagnol) est en fait une vallée envahie par la mer. La Bretagne en est riche. L aber (mot celte signifiant embouchure) est un fjord à la bretonne dans lequel fleuve et mer se disputent au rythme des marées. A marée haute, la mer pénètre loin dans les terres en suivant le lit de lembouchure de la rivière parfois sur plusieurs kilomètres, semblant vouloir rejoindre sa source. A marée basse, la mer se retire et le fleuve nest plus quun mince filet deau courant timidement vers le large. Ces mouvements deau ont sculptés les paysages magnifiques et sauvages de lAber Wrach, de lAber Benoît et de lAber Ildut. La faune est particulièrement diversifiée dans ces endroits tour à tour doux et salés. Cest ainsi que se mêlent mouettes et aigrettes, goélands et hérons, cormorans et canards. Cest aussi un lieu où sépanouissent facilement et abondamment les algues. Des champs entiers de goémons tapissent les fonds marins près de la côte des abers et jonchent les plages après les fortes marées. La récolte des algues a toujours existé ici, aussi longtemps quon sen souvienne. Si les tracteurs ont remplacés les fourches et les charrettes à cheval, les goémoniers maintiennent encore aujourdhui une activité qui ne cesse de se développer. Traditionnellement utilisées à des fins alimentaires, les algues trouvent maintenant de nombreux autres débouchés, notamment dans le domaine des industries cosmétiques ou pharmaceutiques.
En bateau, remontez lentement les abers et profitez des magnifiques images de cette nature préservée, de lodeur vivifiante de liode et du vol des grands oiseaux pêcheurs. Arrêtez vous dans les petits villages qui bordent les rives des fjords et, dans la chaleur dun petit café au bord de leau, écoutez les pêcheurs de crabes et les goémoniers parler du temps qui passe, au rythme des marées.